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Être une femme est une bénédiction, un bon lot de défis, et une lutte sans fin. Je ne m’identifie pas comme une féministe, mais j’ai tenue à participer à la marche pour les femmes à Washington ce fameux samedi 21 janvier 2017 pour marquer le coup. Je voulais partager au travers de quelques anecdotes, comment j’ai fait l’étrange l’expérience de n’être qu’une femme, et une femme noire.

J’ai grandi en France dans mon petit monde hyper protecteur où l’on m’appris que l’on était tous égaux en droits et que si je travaillais dur à l’école que j’aurai un bon travail et que j’aurai ma place au soleil. Et bien le réveil fut violent. Je n’oublierai jamais la première fois où l’on m’a rappelé que je n’étais qu’une femme. J’avais 19 ans, j’étais animatrice dans un centre de loisirs en plein été où j’avais la charge d’un groupe d’enfants de 10 ans environ, y compris un petit Guy-Jean vraiment turbulent qui nous cassait l’ambiance. Un jour je lui ai dit que s’il n’arrêtait pas d’embêter ses copains, j’allais devoir en parler à son papa. L’enfant m’a regardé par dessus ses lunettes de bas en haut et m’a dit : « Tu n’es qu’une femme ! » Le tout suivi d’un tchip impoli. Aya ! Si seulement s’était mon petit frère oh !

Poussée vers un BTS (par le système) et après 3 ans au bas de l’échelle d’une grande entreprise sur un marché porteur où je m’ennuyais à mort, j’ai décidé de retourner à l’école. J’ai eu la chance de bénéficier d’un financement destiné à aider les femmes à booster leurs chances de carrière. Etudiante à l’ESGCI, j’ai décroché un stage de fin d’étude au sein du Groupe Danone. Je me suis retrouvée plongée dans un univers de jeunes gens issus de la crème de la crème des grandes écoles de commerce de France. Avant tout, j’ai pu remarqué la compétition agressive des stagiaires pour faire bonne impression et peut-être décrocher un post permanent. Mais ce qui m’a choqué c’est l’usage de l’humiliation par certains employés stressés et stressant. Je ne comprenais pas leur façon de penser et de voir les choses : privilèges, privilèges, ai-je parlé du privilège du blanc ? Parmi cet élite les valeurs liberté, égalité, fraternité que l’on m’avait servies depuis l’enfance passaient loin derrière le networking, l’entre soit et la loi du plus force. Je travaillais pour une chef de produit plus que compliquée, une belle blonde.

Il m’aura fallu presque 5 mois pour comprendre son mode de fonctionnement et décrocher un peu de sa confiance jusqu’à ce jour où au cours d’une réunion, je lui ai dit à propos d’un projet : « Oh je vois, tu n’as pas compris en fait… » Elle m’a coupé la parole net et m’a dit : « Ce n’est pas moi qui ne comprend pas, c’est toi qui t’exprime mal. » Là, elle avait poussé le bouchon trop loin. La petite africaine a donc fermé son cahier, déclaré la fin de la réunion, et est sorti de la salle de réunion tête haute. Vraiment qu’est ce j’avais à perdre ? Comme par magie, mon dernier mois de stage s’est déroulé avec une attitude bien plus respectueuse. Je venais d’apprendre à manager mon Manager et à dire NON !

Arrivée au Sénégal, j’ai rapidement reçu mon baptême de la place de la Femme dans la société Africaine.  Sois belle à tout prix, tiens la concurrence à distance, mais n’oublie pas que l’homme est le chef sans partage (du moins il faut le laisser y croire). Entre l’officier du service des visas pour les résidents étrangers qui s’est adressé à mon mari de A à Z pour remplir ma demande alors que j’étais présente (je n’ai rien dit, mais je vous laisse imaginer le feu qui brûlait dans mon cœur de parisienne), et mon chauffeur qui m’a carrément fait savoir que c’était mon mari qui était son patron, et pas moi, pas une femme, il m’a fallu beaucoup de temps pour tenter de comprendre la façon de penser de l’Homme en Afrique. J’avoue que j’ai laissé tomber ce dossier.

Mais ce qui m’a le plus frappé c’est le comportement de certains individus tout droit sorti de la France Afrique des années 50 avec passe-droits et privilèges. Le gars à la peau clair comme la neige ne fait pas la queue, et ne se rend pas compte à quel point il est favorisé en Afrique. Lors de la clôture d’une conférence à Dakar, je devais m’assurer que les participants avaient bien pris le temps de remplir leur évaluation avant de leur remettre une clé USB. Un observateur de l’Ambassade de France avait jugé bon de prendre un raccourci en venant directement à moi, et me mettre la pression pour récupérer son sésame. Je lui ai demandé fermement d’aller remplir sa tâche et se mettre dans la queue comme tout le monde.

Plus tard dans le lobby de l’hôtel ce monsieur m’a dit ceci sur un ton très sarcastique : « Vous n’êtes pas facile. Vous devriez faire gaffe. Si vous venez demander un visa pour la France, je sais pas si on vous le donnera ». Hum. Je lui ai demandé ce qui pouvait lui faire croire que j’avais besoin d’un visa pour Paris après y avoir vécu 27 ans. Et qu’à mon tour j’ajouterai bien une note à l’attention de l’Ambassadeur sur le regret de la qualité des travaux de leur observateur. Son visage est devenu pâle. Walay bilay ! L’arroseur venait de se faire bien arroser par une femme africaine.

Mais c’est à Washington que j’ai compris qu’être une femme et une femme noire ça voulait dire arracher son respect par la force. Car la femme noire, celle qui n’a pas la peau assez claire selon certains, est reléguée depuis des générations au bas de l’échelle sociale. Un vendredi soir au McDonald’s avec mes deux garçons, un vieux bonhomme tout décrépi s’est retourné vers moi pour me tendre sa monnaie et m’a dit «  Cela peut vous aider à payer vos impôts ». Gros cliché de la baby mama black qui souffre financièrement pour joindre les deux bouts et qui mange de la malbouffe. Là, j’ai juste cliqué sur ignorer car c’était trop gros. Lol !

Je vous passe l’affaire des collègues, même Africains, qui ont cru que comme je viens de l’Afrique pauvre que l’on voit tous les jours dans les journaux que forcement je ne dois pas connaitre pas grand chose. Merci Seigneur, tu m’as donné des dons qui m’ont permis de sortir ces individus de situations de dernières minutes pour leur ouvrir les yeux : l’Afrique a des talents, y compris moi. Et enfin, j’ai fait remarquer à mon mari que lorsque je dois me au rendre au garage sans lui, le noir américain qui gère notre compte est toujours condescendent avec moi. Je me disais qu’il devait avoir eu une mauvaise journée. Un jour de panne sérieuse, je suis passé au dessus de ses humeurs et j’ai demandé à parler au Manager, un blond aux yeux blues bien ridés. Dupuis ce monsieur a du respect pour mon nom. Ah mon ami, faut il vraiment en arriver là ?

J’ai mis de coté toutes les agressions verbales selon lesquelles, comme je suis une femme noire donc je suis chaude, vraiment ? Si j’étais une femme blanche et blonde j’aurai eu à faire face à une longue liste de challenges, et à souffrir d’autres stéréotypes.

Les stéréotypes et les discriminations contres les femmes, et les droits des femmes ont la peau dure. Mais il y a une chose urgente à faire dès maintenant : Refuser l’idée selon laquelle c’est comme ça on n’y peut rien. Mettez cette requête sur votre liste de prière dès aujourd’hui. Quelques soient les circonstances, tournez les problèmes en opportunités pour faire un impact autour de vous, tous les jours, à votre niveau. Les femmes sont plus que précieuses. A très vite.

 

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